Un homme est mort

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Un homme est mort, il s’appelait Abdulla, il avait 56 ans. Depuis le 16 mars, il était à la rue, à Brest.

Souffrant d’une maladie chronique grave, nécessitant des hémodialyses, il était ponctuellement pris en charge par le CHU de Brest pour se retrouver à la rue entre ses dialyses. 7 certificats médicaux ont été rédigés pour demander sa mise à l’abri d’urgence. Les services sociaux du Conseil départemental, le Phare, le centre accueil précarité et le service d’hémodialyse sont intervenus auprès des services de préfecture pour les alerter sur l’urgence d’un hébergement. En vain !

Le 19 avril, enfin, une prise en charge qu’il attendait depuis le 16 mars lui a été accordée, trop tard : il décède quelques heures après à bout de force, dans un dénuement total. Abdulla était arrivé en France pour demander protection, il y a trouvé la mort dans une immense solitude.

La section brestoise de la Ligue des droits de l’Homme avait signalé régulièrement ces situations à la préfecture. Cette dernière persiste dans son attitude restrictive avec pour conséquence de prendre de moins en moins en compte les certificats de vulnérabilité établis par le corps médical et cela conduit à des drames de cette ampleur.

 

Une réponse inacceptable de la part de la préfecture

Les services de la préfecture reconnaissent dans la presse « une situation dramatique », et invoque une saturation du dispositif d’urgence. Cette décharge de responsabilité sur le 115 est une réponse inacceptable car la situation est bien connue et la volonté de ne pas la régler réelle.

L’hébergement d’urgence est la mission de l’Etat. Le préfet est dépositaire de l’autorité de l’Etat pour apporter une réponse aux différentes demandes relatives à l’hébergement d’urgence. Il a une obligation de moyens. Il dispose des outils juridiques pour organiser la concertation avec les collectivités territoriales et les partenaires du logement social et de l’habitat privé pour trouver des solutions.

Un homme est mort dans l’indifférence préfectorale alors qu’il était en droit d’avoir une protection.

 

Un drame qui ne doit plus se reproduire

Chaque semaine, des situations similaires sont signalées aux associations de solidarité. Il y a des familles et pas seulement des migrants, des femmes seules avec enfants ou bébé ou encore enceintes qui sont très vulnérables et à la recherche d’un abri. Ces personnes ne sont pas prises en compte par les services de préfecture, avec toujours le même prétexte : « les dispositifs d’hébergement d’urgence sont saturés ». Cette réponse n’est plus acceptable et témoigne d’une organisation défaillante pour le moins voire d’une volonté coupable.

 

117mort dans la rue depuis le début de l’année

Le 18 avril, le collectif «Les morts de la rue» avait recensé déjà 116 décès de SDF en France.
Le 19 avril, Abdulla a peut-être été le 117e, mais il est le premier de la liste pour notre département. Il doit rester la seule personne et l’unique victime de cette inefficacité scandaleuse liée à l’organisation actuelle de l’hébergement d’urgence placé sous la responsabilité de la Préfecture.
Nous ne voulons plus que d’autres personnes, quelles que soient leur situation et nationalité, soient en danger de mort dans nos rues.
Nous ne voulons plus qu’aucune personne vulnérable ne soit dans l’obligation de dormir sans un abri.

Nous trouvons insupportable que ce soit les citoyens bénévoles qui doivent pallier aux carences des services de la préfecture quand une place est refusée par le 115.

Nous souhaitons qu’une réunion de crise soit organisée dans les jours qui viennent par la Préfecture avec les collectivités territoriales et les partenaires sociaux pour que des mesures d’urgence soient prises.

La Ligue des droits de l’Homme, en concertation avec les associations de solidarité, humanitaires, les citoyens, agira et veillera à ce que ce drame qui s’est traduit par la mort d’un homme en grande précarité ne puisse se renouveler.

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